• Classement de Shangaï (FERC-sup)

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    On peut s'étonner du semblant de fronde institutionnelle qui s'est instaurée cette année à l'annonce de la publication des résultats 2016 du classement de Shanghaï. Alors même que ce dernier a été largement utilisé ces dernières année pour susciter, justifier, légitimer, expliquer les réformes et la restructuration de l'ESR public national de notre pays.

    Peut-être est-ce simplement parce qu'il n'était qu'un alibi et que l'on doit constater que ni la loi LRU-Pécresse ni la loi LRU-Fioraso n'ont véritablement produit les effets tant annoncés et espérés de placer les établissements français à une meilleure position dans les classements internationaux.

    En effet, la France reste entre la 8e et 5e place dans le classement de Shanghaï depuis sa création en 2003. Si on peut constater une légère progression depuis 2003, l'enseignement supérieur et la recherche français ont toujours été dans le groupe des 8 premières nations classées par les universitaires chinois avec USA, Royaume uni, Allemagne, Japon, Canada, Pays-Bas et Japon.

    Si le secrétaire d'État à l'ESR prend soin d'annoncer que la France occupe le 6e rang de la cuvée 2016 du classement de Shanghaï, il oublie de dire qu'elle est en recul par rapport aux deux années précédentes. La restructuration et la concentration des établissements n'aurait donc pas permis d'atteindre l'objectif de renforcer la notoriété des établissements, au contraire...

    Les tableaux de statistiques ci-dessus montrent d'ailleurs que les deux réformes successives de 2007 et 2013 n'ont eu que peu d'effets en matière de classement national selon les critères des universitaires chinois. Un fléchissement est même constaté après la loi LRU-Pécresse qui prétendait que l'éclatement du service public national d'ESR permettrait de donner une visibilité internationale aux établissements français dont on disait alors qu'ils n'étaient pas à la hauteur de la concurrence mondiale.

    Ce qui frappe au contraire, c'est la stabilité de ce classement, malgré les deux réformes contre le service public d'ESR. De sorte que si on devait adopter le raisonnement des initiatrices des réformes de 2007 et 2013, si en 2007 l'université française n'était pas brillante, elle ne l'est pas plus aujourd'hui malgré leurs efforts pour démanteler le service public. Mais, nous savons toutes et tous qu'il n'en était rien et que notre service public d'enseignement supérieur et de recherche, certes perfectible, n'était pas en reste par rapport à d'autres systèmes néo-libéraux.

    Par contre, dans les deux tableaux des Top 500 et Top 100 on voit parfaitement se manifester l'objectif de ce classement tel que décrit et analysé par Billaut, Bouyssou et Vincke : le classement de Shanghaï est un outil de politique intérieure à la Chine à destination des dirigeants des universités chinoises. En effet, en l'espace de 12 années, les universités chinoises sont passées du 8e ou 2e rang dans le Top 500 et sont rentrées dans le Top 100 en 2010 pour être au 4e rang en 2016 où 2 de ces universités sont entrées pour la première fois dans le Top 20. En 2004, 16 universités chinoises étaient dans le Top 500 du Classement de Shnaghaï, en 2016 elles sont 54.

    On peut noter que dans la même période les voisines et concurrentes japonaises ont fait le chemin inverse. Peut-être cela a-t-il aussi aidé à déterminer les critères d'analyse et de choix du classement de Shanghaï...

    NB : Les feuilles annuelles du tableur joint qui rassemble les statistiques ARWU de 2004 à 2016 sont pourvues de filtres qui permettent d'analyser plus finement les résultats.

    Depuis plusieurs années les fossoyeurs du service public national d'ESR dénigrent donc le travail des personnels et des étudiants des établissements d'ESR à partir de classements internationaux tels que celui de Shanghaï qui n'ont été ni prévus, ni conçus pour cela. C'est une manipulation grossière, malhonnête et criminelle. L'unique objectif était celui du démantèlement de l'ESR public pour répondre à l'objectif annoncé de la stratégie de Lisbonne de créer un "marché de l'éducation" sur lequel les pays européens voulaient être leaders. Dans son article de La Tribune du 16 août 2016, Constant Méheut fait mine de découvrir des choses et des faits que la CGT FERC Sup dénonce depuis le début : les réformes de ces dernières années n'ont qu'un objectif, démanteler l'ESR public national pour "marchandiser" l'enseignement supérieur et l'ouvrir insidieusement à la privatisation en le dotant progressivement d'une valeur marchande.

    Ce n'est pas la création d'un modèle de classement international européen, U-Miltirank, promu par la ministre de l'ESR de 2007 qui changera cette orientation, même si des critères différents sont mis en œuvre. U-Multirank reste conçu pour aborder les établissements d'ESR en consommateur ou consommatrice auxquels on fournit une jauge pré-formatée pour comparer, donc mettre en concurrence, des établissements. Ce qui ne peut qu'exacerber la logique et les forces centrifuges introduites dans notre service public national par "l'autonomie" donnée aux établissements en 2007 et entretenue avec opiniâtreté jusqu'à aujourd'hui par les gouvernements et ministères successifs.

    Mettre en place un système sélectif et élitiste qui concentre les moyens sur quelques-uns seulement permettra peut-être à terme d'améliorer les performances dans les classements internationaux mais cela ne répondra certainement pas aux besoins sociaux de notre pays et à l'objectif d'ouvrir au plus grand nombre l'accès à un enseignement supérieur et une recherche de haut niveau et de qualité.

     

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